Blason au trois léopards

JPEG - 30.5 ko

L’une des hontes de ma vie dont je traînerais le remords jusqu’à mon trépas, sera d’avoir recouvert le catafalque de Louis Beuve d’un grand drap rouge à deux léopards d’or, dans la cathédrale de Coutances, le 12 août 1949, pour le service trentain que la Normandie lui célébra.
Georges Lemesle, puis Albert Desile me dirent chacun à leur tour : « Ch’est troués qu’il en faut ! »
Si je cite cet épisode, c’est pour témoigner que je suis sans préjugés. Il y a eu un temps où j’ai cru de bonne foi que les armes de Normandie ne comportaient que deux léopards, car c’était ce que je pouvais voir sur le frontispice ou la page de titre d’ouvrages relativement anciens : « Histoire générale de Normandie » par Gabriel du Moulin, à Rouen chez Jean Osmond, 1631 ; « Histoire ou chronique de Normandie », éditée par Martin Le Mégissier en 1581, à Rouen.
Je voyais ces mêmes armoiries ornant les cartouches de nombreuses cartes géographiques anciennes des XVIIe et XVIIIe s. de la « province », ou « gouvernement de Normandie ».
Par ailleurs j’avais fait la connaissance du marquis Louis de Saint-Pierre, qui avait sur cette question des idées péremptoires, qu’il exposait doctoralement : Les « armes primitives de la Normandie sont à deux léopards, car les armes les plus simples sont les plus anciennes. Celles qui comportent un léopard de plus portent la marque d’une « brisure », c’est celles que nous avons attribuées à l’Angleterre, notre conquête ».
Cette belle théorie, transposant imaginairement au XIIe s. des règles qui ne se feraient jour que beaucoup plus tard ne reposaient en fait sur rien du tout. Elle était totalement erronée.
Quiconque veut suivre de façon impartiale et scientifique l’histoire de ce blason doit se reporter aux documents sigillographiques irréfutables.
La plus ancienne figuration de l’écu (rouge) à léopards (d’or) apparaît sur le sceau équestre de Richard Cœur-de-Lion, duc de Normandie et Roi d’Angleterre, appendu à une charte datée du 18 mai 1198. Et les léopards y sont bel et bien au nombre de trois. Ce blason et ce sceau avaient été adoptés par Richard Cœur-de-Lion après sa captivité au retour de la Croisade, car auparavant il portait semble-t-il des lions affrontés, plus ou moins inspirés peut-être, des lionceaux qu’avait porté Geoffroy Plantagenêt son grand-père. On ignore quelles armes avaient été celles de Henri II, car l’écu, à cette époque des origines de l’héraldique, était encore purement personnel, non héréditaire. C’est au tournant du XIIe au XIIIe s. qu’on le voit devenir transmissible. A la mort de Richard Cœur-de-Lion, en 1199, son frère et successeur Jean Sans-Terre le garde sans modification, et le fils de celui-ci, Henri III le conservera tel quel en recueillant sa succession en 1216.
Toutefois, il faut bien noter que les armes sont celles du prince et non celles de la terre, duché, ou royaume. La Normandie à proprement parler n’a jamais eu d’armes. Ce sont ses ducs qui en avaient, et encore seulement à partir de la fin du XIIe s., ainsi Guillaume le Conquérant ne les a jamais connues.
Lorsque Philippe II Auguste rattache la Normandie à la couronne de France en 1204, il ne lui donne pas un nouveau duc.
Ce n’est qu’en 1339 que Philippe le Valois, roi de France, désigne son fils Jean comme duc de Normandie. Quel blason va porter le prince ? tout simplement les armes de France : d’azur semé de fleurs de lys d’or, avec une bordure rouge pour « brisure » afin d’éviter la confusion avec les armes du roi son père, et lorsque ce même Jean, devenu roi, (Jean le Bon) désignera pour duc de Normandie son fils le Dauphin Charles, quel blason portera celui-ci ? Un écartelé aux 1er et 4e quartiers : de France, et aux 2e et 3e quartiers : des dauphins de Viennois ; Dans tout cela point de léopards ! Les armes sont celles du prince, issu de la Maison de France. Les Léopards n’étaient point totalement oubliés cependant en 1279, Edouard Ier qui est toujours duc de Normandie dans les îles de Jersey et Guernesey (la Normandie insulaire) concède au bailliage des îles un sceau à trois léopards, puis en 1304, chaque île devient un bailliage indépendant avec son sceau particulier, chacun à trois léopards.
Quand verra-t-on apparaître des blasons à deux léopards seulement ? Ce ne sera pas avant 1426, et c’est le roi d’Angleterre Henri VI ou plus exactement son oncle le duc de Bedford, régent du Royaume, qui, à cette date, fixe pour l’Echiquier de Normandie un écu à deux léopards surmonté d’une fleur de lys, puis en 1432 on voit apparaître pour le sceau du conseil du roi séant à Rouen un écu à deux léopards sur un semis à fleurs de lys.
C’est de 1432 à 1436 que le duc de Bedford fonde les diverses facultés qui constituent l’Université de Caen. Il leur accorde un sceau à deux léopards.
Après la Guerre de Cent Ans, lorsque le prince Charles de France, en rébellion contre son frère le roi Louis XI, à la tête de la Ligue du Bien Public, force la main du roi au traité de Romorantin (1465) et l’oblige à le reconnaître duc de Normandie, il n’adopte pas pour blason des armes dérivées de l’écu de France, mais il prend purement et simplement celles de l’Université de Caen : de Gueules à deux léopards d’or. Hélas son duché va être bien éphémère : Louis XI l’oblige à y renoncer en 1469 et le 9 novembre de cette même année il fait briser l’anneau ducal à coups de marteau sur une enclume en pleine séance de l’Echiquier.

En résumé et de façon claire et précise : la France n’a pas de blason : seules les maisons qui ont régné sur elles avaient des armoiries : les Capétiens portaient d’azur semé de fleurs de lys d’or, les Valois et les Bourbons ont porté d’azur à trois fleurs de lys d’or, Napoléon Ier et Napoléon III d’azur à l’aigle d’or empiétant un foudre.
De même la Normandie n’a pas, personnellement d’armoiries. Elle a porté les armes de ses ducs : les plus anciennes et les plus vénérables, portées dès la fin du XIIIe s. sont de gueules (c’est à dire rouges) à trois léopards d’or. le blason à deux léopards d’or est celui de l’Université de Caen, fondée par le duc de Bedford, ces armes ont été portées également par Charles de France, éphémère duc de Normandie théoriquement pendant quatre ans, mais dont le « règne » sans gloire ne dura effectivement que trois mois.
Si les Normands veulent adopter, pour la Normandie, un blason et un étendard, on comprendra qu’ils prennent ceux de Richard Cœur-de-Lion, plutôt que ceux du minable Charles de France, qui dans sa rébellion contre le roi de France son frère, avait adopté les armes proposées par l’occupant vers la fin de la Guerre de Cent Ans.
C’est ce qu’avaient compris les Coutançais lors des fêtes du millénaire en 1933, pour pavoiser leur ville.
Abbé Marcel LELÉGARD

PDF - 962.7 ko

Notre Dépliant

Implanté sur un site viking, le Château fort de Pirou est une forteresse du XIIème siècle. La très vieille légende des oies de Pirou, l’une des plus populaires du Cotentin, prétend rattacher l’origine de ce château fort aux invasions scandinaves.

Un château fort du XIIe siècle...

situé dans le pays de Coutances, le château fort se situe à 8 km au sud-ouest de Lessay et à 1,2 km de la plage....

La carte

Produits de l’artisanat..

Venez découvrir un ensemble complet de produits issue du travail artisanal des monastères et abbayes normandes et d’ailleurs...

En savoir plus

Partenaires du château de Pirou | visite abbaye de la lucerne | création site internet : lapilazuli création site internet normandie